Chapelle de Joug-Dieu

En 1137, Guichard II, Sire de Beaujeu, fonde l’Abbaye de Joug-Dieu, destinée à accueillir des religieux de l’ordre de Saint-Benoît. Située près de la Saône, dans le Pré de Joug, cette abbaye prospérera pendant plus de six siècles avant de disparaître sans laisser de traces visibles aujourd’hui.

Un lieu de spiritualité et de noblesse
Les moines bénédictins qui y résidaient étaient en grande majorité issus des familles nobles du Beaujolais. Autour de la chapelle romane s’étendaient de vastes constructions, témoignant de la richesse de l’abbaye. Pourtant, loin des tumultes de l’histoire locale, cet ordre menait une existence paisible, absorbé dans ses préoccupations spirituelles et matérielles.

Une abbaye modelant son environnement
Les religieux prirent soin du territoire en modifiant le cours du Nizerand : son lit fut rectifié, bordé de saules et de peupliers, et ses eaux furent canalisées pour irriguer les prairies de l’abbaye.

Le déclin et la disparition
En 1687, fatigués de l’isolement et des inondations fréquentes qui rendaient leurs habitations insalubres, les moines quittèrent l’abbaye pour rejoindre le Chapitre de Villefranche, apportant avec eux les richesses accumulées par leur travail. En 1741, un acte royal officialisa cette donation, scellant ainsi le destin du monastère.

De l’abbaye aux courses hippiques
Au XIXe siècle, l’abbaye disparut sous le pic des démolisseurs : ses matériaux furent réutilisés pour restaurer les murs d’un réservoir près du pont du Nizerand. Quant au vaste Pré de Joux (plus de 100 hectares), il devint au début du XXe siècle un champ de courses animé par la Société Hippique de Villefranche.

Une origine mystique : la vision de Guichard III
L’histoire de l’abbaye est aussi marquée par une vision mystique qui aurait inspiré son nom. Selon une charte de 1118, Guichard III raconte :

« Une nuit, seul dans mon appartement de Thamais, je vis apparaître six hommes lumineux, portant des jougs autour du cou et tirant une charrue. Sur cette charrue se tenait Saint Bernard, abbé de Tiron, aiguillon en main, les guidant pour tracer un sillon droit. À mesure qu’ils avançaient, la terre produisait des fruits en abondance. »

Touché par cette vision, il offrit ces terres aux moines, souhaitant que sous "le joug du Seigneur", ils prient continuellement pour lui et ses proches. C’est ainsi que naquit le nom de Joug-Dieu.

Aujourd’hui, plus aucune ruine ne témoigne de cet héritage, mais l’histoire de l’abbaye de Joug-Dieu reste gravée dans la mémoire du Beaujolais.